JS est passionné de triathlon. Le triple effort, c’est vraiment son truc, ce qui le motive, ce qui le bouge. Un sport comme un autre, dit-il. Pourtant, jamais de sa vie, on ne l’a encouragé à nager, rouler, courir. D’ailleurs, jamais de sa vie, on lui a proposé de faire du sport. On l’en a même toujours dissuadé, à cause de son asthme, de sa scoliose, de son cancer… Vous verrez que JS ne laisse personne décider de ses envies ni de son destin.

Biographie du triathlète et du sportif, histoire de JS, épisode 1

De la chimio au triathlon

Ma vie, je peux la résumer simplement en trois phases. Trois périodes qui m’ont marqué, qui ont fait de moi l’homme que je suis aujourd’hui. Trois périodes qui se succèdent et qui s’imbriquent, complètement indissociables. Trois périodes pendant lesquelles j’ai entendu dire que je ne pourrai jamais faire de sport. 

Je suis JS et ce qui me passionne, ce sont les épreuves d’ultra endurance. Cyclisme, triathlon, trail, j’aime repousser les limites de mon corps. J’ai 29 ans et je m’entraîne plus de 20 heures par semaine pour atteindre mes objectifs. 

Pourtant, dans ma vie, rien ne m’a jamais amené vers le sport, bien au contraire.

Les trois phases d’une vie aux antipodes du triathlon 

Tout commence toujours par l’enfance

Je suis né au milieu d’une fratrie de quatre frères et une sœur. Enfant, nous faisions très peu de sport. […] À cette époque, j’avais 4 ou 5 ans et je faisais de l’asthme. Les crises étaient si grosses que je m’essoufflais même en marchant. 

Je n’oublierai jamais cette consultation médicale pendant laquelle le médecin avait annoncé à ma mère que j’allais sûrement finir avec un respirateur artificiel. J’ai eu l’impression d’être en danger de mort et il était donc hors de question de faire du sport. […]

L’adolescence, le changement de cap

Il faut laisser passer plus de dix ans pour arriver à la seconde phase de ma vie. L’année de mes seize ans, j’ai encore une fois entendu qu’entre le sport et moi, il n’y aurait jamais d’histoire d’amour.

Pas de sport au programme

Cet été-là, une poussée de croissance m’a déclenché une scoliose à 25°. À nouveau, mon médecin m’annonçait que mon quotidien allait être si difficile que le sport n’était même pas un loisir envisageable. Il faisait aussi germer en moi l’idée de vivre dans un fauteuil roulant à l’aube de mes 25 ans.
Ont suivi deux années à porter un corset au quotidien, jour et nuit. Deux années de lycée pendant lesquelles je n’avais de toute façon pas la tête au sport. […] Du haut de mes 17 ans, je trouvais que ma vie était la pire et j’en avais déjà assez de l’existence. Chaque jour était perçu comme une fin du monde, et, lorsque mes idées noires me laissaient un peu de répit, je me vengeais sur la malbouffe.
Quand j’ai enfin pu retirer mon corset, j’étais en surpoids. Bien que je m’attendais à une libération, retirer mon corset fut une souffrance encore plus grande. Je me suis retrouvé dans un gros corps qui ne me plaisait pas. […]

Réinvestir son corps et croire en son avenir

Souhaitant fuir une relation amoureuse compliquée, j’ai décidé de laisser derrière moi toutes les mauvaises habitudes. Alors, je me suis pris en main, en commençant à courir un peu pour perdre du poids. Finalement, j’ai trouvé dans la course une manière de m’échapper d’un quotidien qui ne me plaisait pas. Pendant mes études, et bien qu’elles ne me passionnaient pas, j’ai découvert le secourisme. Le coup de foudre a été immédiat. Je me voyais déjà en faire mon métier. […] Je voulais devenir pompier, ou bien faire partie du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM). Pour mon quotidien, je voulais de l’action, du défi, du sens. […]

2015, c’est aussi l’année où un problème de santé se fait de plus en plus présent dans mon quotidien. Régulièrement, mes intestins créent de petites inflammations. C’est douloureux, mais j’arrive à les soigner rapidement. Je n’y accorde pas plus d’importance, mais on en reparlera.

Quand tout s'écroule

Suite à ma réussite aux tests d’entrée à l’école des PGHM en mai 2015, je sais que j’ai fait le bon choix. Les métiers de l’urgence me passionnent et je gagne tous les jours en forme physique pour être un secouriste efficace. Je m’entraîne et commence à adopter une routine saine, pour parvenir à mes fins. Je cours, je nage, je fais un peu de musculation, le moins que l’on puisse dire c’est que je suis en forme et que je me sens bien. Enfin.

Un premier voyage à l'hôpital

Pourtant, cet été 2015 est l’une des pires périodes, si ce n’est la plus inqualifiable, de ma vie. À 22 ans, je profite de vacances en famille à Moliets dans les Landes. Nous sommes réunis et nous profitons de ces bons moments. Encore une fois, je ne peux pas dire que j’en ai vraiment profité. Au milieu des vacances, je souffre d’une inflammation généralisée. Tous les systèmes infectieux de mon corps se mettent au rouge. J’ai l’impression d’avoir une gastro, une grippe et de la fièvre simultanément. Je suis alité et je ne m’alimente plus. Au bout de deux jours, la situation ne s’améliorant pas, direction les urgences de l’hôpital de Bordeaux. […]

Le quotidien en urgence aux urgences

L’hospitalisation et les examens me stressent autant qu’ils m’ennuient. J’ai envie de guérir et de retourner à mes vacances, profiter de ce temps libre avant d’entamer ma formation de gendarme. À un moment, entre deux examens, le médecin entre dans ma chambre. 

La suite s’est déroulée en moins d’une minute. Une minute qui m’a semblé une année. Une minute qui a tout fait basculer. Le médecin m’annonce que j’ai un cancer des intestins, au stade trois. Le couperet tombe, sciant d’un seul coup mes espoirs et mes rêves. Nous sommes en juillet, je suis seul dans une chambre d’hôpital, et le monde s’effondre autour de moi. Mon monde, mes objectifs et la vie que j’ai imaginée sont détruits en une fraction de seconde par le cancer.

Se relever, pas après pas

Seul dans cette chambre, je contemple mon avenir réduit en cendres. À 22 ans, j’apprends que j’ai un cancer des intestins, soutenu par une rectocolite hémorragique. Autant dire que la suite ne s’annonce pas très bien. 
Majeur et responsable de mes choix, je demande au médecin de ne pas apprendre la nouvelle à mes parents. Enfin pas en totalité. Je décide de garder ce cancer pour moi, de me battre seul contre lui. Mes proches apprennent seulement pour la rectocolite hémorragique. Aujourd’hui, avec le recul, j’ignore si c’était la bonne décision à prendre. En tout cas, c’est celle que j’ai prise, en me faisant la promesse de leur en parler, un jour. Ce combat de boxe contre la maladie demande une force et une motivation que je n’ai pas encore. Et puis, tout s’accélère…