La course, celle contre soi et celle pour les autres. JS est un coach sportif et athlète passionné. Son truc, c’est le triathlon et les courses d’endurance. Pourtant, jamais personne n’aurait parié sur lui pour devenir le grand sportif qu’il est aujourd’hui. JS a passé beaucoup de temps sur un lit d’hôpital, ou en chimiothérapie. Son histoire est touchante et inspirante.

Vous lisez actuellement l’épisode 3 de l’histoire de JS. Découvrez les épisodes précédents juste ici :

Biographie du sportif, L'histoire de JS, épisode 3

À la rentrée de septembre 2017, mon activité de coach peine à décoller. J’ai quelques clients, mais pas assez à mon goût. Mes besoins en matériel sportif sont conséquents, sans parler des montants d’inscription aux courses. Pour développer mes sources de revenus, je deviens livreur à vélo, moi qui n’ai plus fait de vélo depuis mon enfance. Je passe quelques heures par semaine sur la selle. Cela tombe plutôt bien, car l’objectif de Vichy se rapproche. 

Bien plus qu’une simple course

Noël 2017, je reçois encore un cadeau inattendu. Mais cette fois, la surprise est bénéfique. Marie a créé une cagnotte auprès de ma famille et mes amis pour m’offrir mon dossard pour Vichy. Un cadeau qui m’émeut au plus haut point. Mais un cadeau qui me met aussi une certaine pression. On y est, plus le droit de faire marche arrière. Je préviens Mathieu, mon ami de chimio, et cette joyeuse nouvelle nous excite beaucoup.

La préparation physique d'un futur sportif de haut niveau

Le début de l’année 2018 se passe comme sur des roulettes. Enfin plutôt sur deux roues, puisque je commence le vélo de route. J’ai huit mois devant moi pour apprendre à rouler 180 km à vélo et garder assez de jus pour courir un marathon juste derrière. Facile. L’histoire dira que j’ai finalement roulé plus de 15 000 km pendant ces huit mois.

Cette année 2018 est réellement une année de tous les défis pour moi. Durant ma préparation physique, le corps et la tête vont tellement bien que je décide de relever un défi personnel fixé depuis longtemps déjà. Je me résous enfin à parler à mes frères de mon cancer et de ma rémission. Je leur explique alors que si je fais l’Ironman, c’est pour prouver et me prouver que tout va bien, que je suis en super forme et que tout va bien se passer. Dans le même temps, je leur annonce que je compte en parler aux parents après la course. 

Courir pour moi et courir pour lui

La préparation suit son cours et tout se déroule à merveille. Je me sens plus fort que jamais. Suffisamment en forme pour faire mon premier triathlon, mon premier Ironman et relever le défi promis à Mathieu. Ce défi ne sera pourtant jamais totalement relevé. J’ai promis à Mathieu, mais Mathieu n’est plus là. Mon ami, mon camarade de chimio est décédé quelques mois avant la course. C’était le dernier de notre bande de “jeunes de la chimio”. 

Après son décès, je comprends que sur cette course, ma seule option est de réussir, pour lui. Tout en sachant que je serai seul à vivre cette réussite. 

À jamais ma plus belle course

Et puis vient ce jour tant attendu d’août 2018. Nous partons, Marie et moi, accompagnés par mes deux frères et Charlotte, la femme de mon grand frère. […]  Cette journée est presque indescriptible tellement elle est riche en émotions contraires. 

Ironman de Vichy 2018, mon récit de course

Au petit matin du jour-J, j’entre dans le parc à vélo. Répétition des gestes classiques qui me sont pourtant inconnus. On vérifie mon vélo, on me pose les tatouages avec mon numéro de dossard, j’installe mes affaires dans la zone de transition. Ce monde, cette ambiance autour de moi. Je n’en crois pas mes yeux. La tête me tourne. Entre les pros et les amateurs, j’ai envie de parler à tout le monde, de regarder tout le monde. En admirant mes adversaires, je comprends que nous ne sommes que trois à nager sans combinaison, dans une eau à 16 degrés.

Top départ de mon premier triathlon

Le coup d’envoi est donné, des centaines d’athlètes plongent dans l’Allier, s’élançant pour près de 10 heures de course. Tout se passe bien pour moi, je nage vite et bien, comme à mon habitude. En sortant de l’eau, j’apprends que je suis le seul “sans combi” à poursuivre la course. Les autres sont victimes d’hypothermie et abandonnent pour raison de sécurité. 

L'épreuve vélo, ma favorite

J’enfourche mon vélo et entame la première boucle de 90 km, que je ferai deux fois. À nouveau, tout se passe bien. Je roule à plus de 30 km/h de moyenne et j’avale cette première boucle sans voir le temps passer. Sur la seconde, les choses se corsent […]. Je suis pris de maux de ventre intenses et il m’est impossible de m’alimenter. Au 150ᵉ kilomètre, je dois m’arrêter pour vomir. Finalement, j’ai moi aussi fait une hypothermie et je suis en train d’en payer les frais. Note pour plus tard, ne plus jamais nager un triathlon sans combinaison. À ce stade, ma force mentale ne me fait pas défaut. Je me remobilise et termine cette seconde partie de course en 5 h 30, temps plutôt raisonnable.

Un marathon pour terminer la course

J’arrive dans le parc à vélo, dépose le mien à mon emplacement et me prépare pour la course à pied. La dernière épreuve, celle que je redoute, 42 km à pied avec rien dans le ventre. Au bout de 14 km, je m’arrête pour manger et c’est le drame. Les crampes s’invitent sur ma course, mais il me reste 28 km à parcourir. Je réussis à repartir en trottinant, mais c’est un chemin de croix. Je marche plus que je ne cours. Ce marathon, c’est une réelle souffrance. Pour autant, à aucun moment, il n’est question d’abandonner.

Je le fais pour moi et surtout pour Mathieu, Marie et ma famille qui croient en moi. Je boucle le marathon en 5 h 50, ce qui me permet de passer la ligne d’arrivée en 13 heures. Treize heures d’effort, couronnant tellement de mois de souffrance depuis ce défi lancé trois ans auparavant. Sur la ligne, j’explose. Les larmes coulent sans s’arrêter, des larmes de fierté et de douleur. Je l’ai fait. 

L’intensité de ce moment en fait l’un des plus beaux souvenirs de ma vie.

Mon troisième défi de 2018

Au lendemain de l’Ironman, des souvenirs affluent au compte-goutte dans mon esprit. Je revois notamment un homme, qui franchit la ligne d’arrivée un peu après moi. Cet homme est en surpoids, pourtant, il vient de boucler la course. Il doit être si fier, autant autant que moi je suis fier de lui. Je réalise alors que c’est ce qui me plaît, que ce sport est désormais mon mode de vie et ma passion. […] Également, je prends conscience de l’ampleur de ce sport, de tout ce qu’il peut apporter au point de vue physique, mental, mais également par rapport au regard des autres. À ce moment-là, je me sens réellement fort et fier de moi. 

Cette force est bienvenue. En effet, avant de reprendre la route après la course, nous avons un peu visité Vichy avec mes proches. Je marche dans les rues, avec mes parents, et je sens qu’il est temps. J’ai parlé à mes frères, j’ai terminé mon Ironman, il est alors l’heure de mon troisième défi. Au début, la conversation tourne beaucoup autour de la course et de la fierté qu’ils tirent de ma réussite. Toutefois, je coupe court, j’ai une autre nouvelle à leur annoncer. Et c’est un électrochoc. Mes parents ont du mal avec l’annonce de ma maladie. Chez nous, le cancer est un sujet tabou. Ils me reprochent également de les avoir écartés de mon combat. Avec mon père, quelque chose se brise et il faudra attendre des mois pour que notre relation s’améliore. Ma mère préfère le silence et revient, d’elle-même, un peu plus tard, me questionner sur ma gestion de cette maladie. […] 

Aller vers d'autres courses

Les derniers mois de 2018 et toute l’année 2019, je me consacre au sport, à mon entraînement de course et au développement de mon activité de coach sportif. Je me sens un peu plus légitime. Pour moi-même, je me décide à persévérer dans le sport et à m’améliorer en triathlon. Je passe en mode performance, sûr que rien ne pourra m’arrêter. Mais c’est mal connaître mon destin.