Le 30 septembre 2023, je me suis élancée sur un triathlon, mon premier Ironman 70.3. En vérité, j’en rajoute un peu, car il ne s’agissait “que” d’un triathlon distance L. Les distances sont les mêmes, mais cette course est hors label Ironman. Après avoir raconté l’histoire de JS, il est temps de vous raconter ma propre expérience du triathlon !

Quelques semaines (mois, oups) après la course, il est temps de faire mon compte rendu de cette journée pour le moins épique. Beaucoup de travail, de doute, de sueur et de questionnements m’ont fait m’aligner en cette matinée. Honnêtement, prendre le départ était loin d’être gagné. Mais la beauté du sport, particulièrement du triathlon et de l’Ironman, est de se construire un mental à toute épreuve. Comme sport individuel par excellence, le triathlon m’a appris à me dépasser et à faire taire les pensées négatives et parasites. Si une toute petite partie de moi se dit “pourquoi pas ?” Tout le reste de mon esprit suit cette idée. 

L’avant course, d’où je viens

J’ai 26 ans et ma relation au sport est particulière. Venant de l’équitation, j’ai toujours regardé de loin les sports d’endurance. J’ai passé 20 ans à ne faire que du cheval avant de mettre pied à terre, pour choisir le triathlon. Après quelques mois à m’entraîner toute seule (et l’annulation de mes courses pour cause covid) j’ai rejoint le club de ma ville.

Une saison complète et seulement deux triathlons M à mon actif avant de suspendre mes activités. La raison, une pause unique et magique pour cause d’un tour d’Europe en van aménagé. Mais pendant cette belle période, j’ai toujours gardé un œil sur le triathlon.

Quelques mois avant de rentrer de voyage, je me suis même inscrite à un triathlon L, le Vautourman. Je sentais, bien au chaud sous la couette du lit du van, que je serais capable de terminer cette course de 1 300 m de natation, 70 km de vélo avec près de 3 000 de D+ et 17 km de trail (400 D+). Le 3 septembre 2023, mon objectif a désormais un nom et une date.

Retour de voyage, reprise sportive en janvier

Un an et demi sur les routes du vieux continent. En décembre, nous posions nos bagages dans notre nouvelle maison aux murs en dur, après ce beau voyage. Retourner dans la routine dit aussi reprise des entraînements. Ainsi, au mois de janvier, j’ai pris mes bonnes résolutions pour me mettre dans les meilleures dispositions pour mon objectif. J’avais neuf mois devant moi. Une gestation complète pour accoucher de mon meilleur niveau physique.

Endurance et irrégularité, mauvais mélange

Mais les sports d’endurance ont l’ingratitude facile.

Après un an et demi de pause, même en ayant un mode de vie actif, j’avais énormément perdu. Il a donc fallu s’armer de patience et persévérer à des allures lentes. Des semaines entières à courir autour de 7 minutes le km, à rouler à 22 km/h et à nager à plus de 2’10 min le 100 m.

À force de répétition et sans jamais forcer, j’ai réussi à retrouver mes allures “d’avant” et à allonger les distances. Heureusement, parce que mon premier objectif de la saison, un semi-marathon est vite arrivé. La course à pied n’est pas mon fort et j’avais un peu d’appréhension concernant le semi de fin de triathlon. Même si le Vautourman ne compte que 17 km à pied, que c’est à mes yeux un “petit L”, je voulais me tester sur un vrai semi. 2 h 04 de découverte et de plaisir pour ce premier dossard sur semi-marathon. Je suis assez fière de moi pour ce temps, avec une reprise en janvier, je le trouve correct.

Retour au charbon des triathlons

Puis la saison des triathlons a débuté Un premier S (750 / 20 / 5) pour se remettre en jambes et un M pour confirmer mon niveau. Mais ce M m’a fait douter. Il y avait un peu de dénivelé à vélo et à pied et mon mental a failli. Cette course et la gestion que j’en ai faite m’ont fait douter de moi-même. Manque de préparation, faible niveau, mauvais choix sportif… tout y passait et j’ai perdu de ma confiance. 

À mesure que l’objectif de l’année s’approchait, je le sentais de moins en moins. 

Triathlon principal annulé, repli sur une autre course

Le Vautourman, un triathlon pas comme les autres

Le Vautourman est une course en montagne. Si je l’ai toujours considérée comme un petit L, j’ai probablement sous-évalué sa difficulté.

À M-2, j’ai reconnu le parcours vélo dans des conditions dantesques entre froid et pluie. En rentrant à la maison, après vérifications, j’ai constaté que ma vitesse sur cette reconnaissance était pile-poil le temps des barrières horaires. Et le stress s’est intensifié.

Sur cette course en montagne, les barrières horaires sont très serrées. Je me suis mis le stress en craignant de prendre le départ et de me faire arrêter en milieu de course, à cause de ma lenteur. Un stress qui m’a coupé les jambes pour la fin de mon entraînement. Si je m’écoutais, je ne voyais aucun moyen de réussir à tenir les délais.

La semaine avant la course, j’étais dans un tel état d’anxiété que j’avais envie d’arrêter le triathlon. Je ne pensais qu’au moment où un bénévole me mettrait hors course. J’avais une furieuse envie de vendre mon vélo et mon matériel, et de partir en vacances. 

Un retour inattendu du karma

Deux jours avant l’épreuve, la course a été annulée, aussi froidement que je viens de l’énoncer. Les aléas de la montagne, une météo très défavorable et une volonté des organisateurs de faire de cette course un moment de plaisir les ont contraints à suspendre cette édition 2023. Sans mentir, j’étais aussi soulagée que déçue.

Finalement, la déception a pris le dessus. Une année à penser à cette course, des mois et des mois d’entraînement pour rien. Bien entendu, cet entraînement n’est pas vain, mais il est sans but. Cependant j’aime en avoir un. En urgence, je me suis repliée sur une course dans ma région, trois semaines plus tard. Cette fois, pas de barrières horaires ni de dénivelé, mais un vrai L aux distances officielles. Trois semaines devant moi pour parfaire mon entraînement ; trois semaines de plus avant les vacances. 

Mon CR à tête reposée

Durant ces trois semaines, j’ai pu échanger avec ceux de mon club. Cette course locale est bien connue des plus anciens adhérents, qui y ont souvent fait leurs marques. Il parait que c’est l’une des courses les plus rapides de France. Et pour cause, la distance L se gagne en moins de quatre heures chez les hommes. Dans le club, nous sommes peu de filles à s’élancer sur la longue distance. On se compte sur les doigts d’une main, et encore. Le soutien et les encouragements étaient donc au rendez-vous. 

Petit matin serein, que tu crois

Le départ de la course est donné à 11 heures. Comme j’aime prendre le temps d’installer ma zone de transition et monter tranquillement dans l’ambiance de course, je décide d’arriver sur les lieux à 9 heures. Récupérer le dossard, installer mon matériel en zone de transition, prendre mes marques, faire la traditionnelle photo d’avant course, il est 10 heures lorsque je me pose avec mon goûter. Encore une heure remplie de sérénité pour goûter, aller aux toilettes, mettre ma combinaison et m’échauffer un peu. Étrangement, je ne suis aucunement stressée. Cette course est du bonus pour moi. Je ne la vis pas comme mon objectif de l’année, mais comme un défi. 

Note pour plus tard, ne jamais rien tenir pour acquis

À 10 h 30, quelques minutes avant la fermeture du parc, j’entends le speaker prononcer mon nom. Un des concurrents vient de faire remonter une info que personne n’a envie d’entendre, mon vélo est à plat. Au début, je ne réalise pas, me disant qu’il s’agit sûrement d’une erreur. Je cours jusqu’à mon emplacement dans le parc et, effectivement, ma roue arrière est complètement à plat. Mon voisin concurrent m’explique qu’il s’installait lorsqu’il a entendu ma chambre à air exploser. Branle-bas de combat pour démonter mon pneu, trouver l’origine de la crevaison, réparer, changer de chambre et remonter le tout.

Gestion du stress

Un fond de jante percé, ça ne pardonne pas. Courir dans le parc à la recherche d’un couteau pour couper ma vieille chambre et faire un pansement à la tête de rayon libre est un moment épique. J’ai à peine le temps de gonfler et de remonter mon pneu que les arbitres me somment de sortir du parc. Il est 10 h 50, le départ est dans 10 minutes. Je jette mon sac à la consigne, enfile ma combinaison sans aucune précaution et courre jusqu’à la ligne de départ. L’échauffement et la pause toilette n’auront pas lieu. 

Natation, on y va à fond

Comme à mon habitude avec ma crainte de l’eau, je me place dans le dernier paquet, au fond des concurrents. Le pistolet fait feu, l’arbitre principal donne le début de la course. Les 400 participants s’élancent en même temps, dans l’eau trouble et chaude du petit lac salé. Tout va très vite dans ma tête et le stress s’intensifie.

Un peu d’orgueil, que diable

Une petite voix me dit que ma réparation ne tiendra jamais, que je retrouverai bientôt mon vélo à plat et que ma course s’arrêtera ainsi. Puis, l’orgueil prend le dessus. Si mon triathlon doit s’arrêter à la sortie de l’eau, autant que je me donne à fond sur cette première épreuve.

Le stress devient mon moteur et la peur de l’eau se dissipe. Je mets le turbo et nage vite, comme en bassin, comme si j’étais seule dans ce lac. Je double, prends des coups que je rends, trouve mon rythme et avance, concentrée. Sur la sortie à l’australienne, je double un nageur de mon club dont le niveau est supérieur au mien. Le dépasser me donne un boost de confiance. Je comprends à cet instant qu’aujourd’hui, je vais tout faire pour réaliser une bonne natation. Le deuxième tour est à l’image du premier, rapide et fidèle à mon vrai niveau.

Je finis par sortir de l’eau en 34 minutes, près de 10 minutes de mieux que sur mon dernier M en date.

Des secondes d’espoir

Mentalement, je joue ma course à ce moment-là, comme si courir plus vite dans le parc allait changer l’état de ma roue. À cause de cette concentration mal placée, je fais tomber mes lunettes et bouscule des participants… Je retrouve enfin mon vélo et constate avec joie que la roue est gonflée à bloc. Dans mon esprit, c’est un second départ. Je m’équipe pour le vélo et me reconcentre, le triathlon commence.

Vélo que j’aurais préféré faire en solo

Cette partie vélo s’étend sur trois boucles d’une trentaine de kilomètres chacune. Mon compteur me donne le rythme minimal que je dois suivre, 26 km/h. C’est en dessous de mes capacités, mais réalisable si jamais je flanche physiquement. Le premier tour se passe à merveille. Certes, je me fais doubler par les bons cyclistes mauvais nageurs, mais c’est une habitude.

Des mois de travail pour cette sensation

Tête dans le guidon, je roule à plus de 30 km/h, m’alimentant et buvant tous les quarts d’heure. Une heure après ma sortie du parc, alors que j’entame mon second tour, les larmes me viennent. Je prends conscience que je suis en train de le faire, que je réalise mon défi. Toutefois, tant d’émotivité mal placée est rarement bon signe. Les larmes sont accompagnées de crampes au dos et au ventre. Ces crampes mensuelles, celles qui précèdent les saignements. Celles qui, dans mon cas, m’obligent généralement à m’allonger avec une bouillotte en attendant que ça passe. Le second tour vélo est difficile, je perds 10 min par rapport au premier tour. Mes muscles vont bien, j’ai de l’énergie grâce à ma bonne alimentation, mais mentalement ça ne passe pas.

Un coup de pédale après l’autre

J’entame le troisième tour comme un combat de boxe entre mon esprit qui m’ordonne de m’allonger sur le bas-côté et mon mental qui m’incite à continuer. Sur ce tour, je me fais doubler par des personnalités bien connues des athlètes d’endurance. Les concurrents plus vieux, handicapés, qui semblent moins entraînés, avec du matériel inadapté, mais qui pourtant sont devant. J’essaie tant bien que mal de m’accrocher, frôlant les 23 km/h au compteur, mais je lâche très vite et retombe à 20 km/h. Les crampes abdominales et dorsales sont insoutenables. Ma position devient des plus inconfortables et je peine à rester en selle. Je livre un combat mental comme rarement auparavant. Je perds encore 10 minutes par rapport à mon second tour, néanmoins je passe enfin la ligne, dans l’espoir que la position debout soulagera les crampes.

Sinon, le parcours est assez sympa. Plus que plat, il suit tantôt le littoral, tantôt les marais. Ce jour-là, l’absence de vent et le soleil radieux a fait passer la course pour une balade dominicale du mois de juillet. 

Course à pied, la dernière épreuve du triathlon, un combat contre moi-même

Mon vélo posé, je pars pour la course à pied. Mes jambes sont là, en même temps le vélo ne les a pas trop usées. Les premiers km sont les plus difficiles, entre le changement de position et la transition vers un sport à impact. Pour ces premières foulées, je m’installe à un rythme assez lent pour moi, autour des 6 min/km. Je sens que ça va. Les crampes me laissent un peu de répit.

Le triathlon, un sport individuel

Au loin, au premier ravito, je vois un gars de mon club qui en est à son second tour, on discute un petit peu jusqu’à ce qu’une envie pressante me contraigne à rejoindre la forêt. Avec la douleur que j’ai ressentie sur le vélo, je suis étonnée de constater que ma tenue est “propre”, pas de tâche ni de fuite. C’est mauvais signe.

Je reprends ma course juste au moment où une barre s’installe dans mon estomac. Impossible de respirer convenablement, je m’essouffle même en marchant, rien ne va. L’envie d’abandonner traverse mon esprit. Elle est vite chassée par un athlète du club qui m’encourage et me conseille. Le même que celui doublé à la natation, décidément. Je suis ses conseils, me remets en mouvement et alterne course et marche. Cette technique me permet de doubler un petit peu et je reprends confiance. À la réflexion, je gagne contre moi-même à ce moment-là. Mon objectif est de terminer cette course et je sais que je vais y arriver. Mais il ne suffit que d’une fraction de secondes pour que tout bascule.

Les aléas de la vie

Au dernier ravito de la boucle, sans pouvoir expliquer pourquoi, je baisse les yeux sur mes jambes. Le bas de ma trifonction, mes jambes, mes chaussettes blanches et même mes chaussures sont tachées de sang. Avec l’eau versée sur mon corps pour me refroidir, le sang s’est dilué et se répand maintenant partout.

On a beau dire que c’est la nature, que nous sommes des milliers à en faire l’expérience chaque mois, le fait est que les règles restent désagréables. En cette journée, je les ai vécues comme un enfer. Même si mon corps me lâche à ce moment-là, mon esprit prend le dessus. J’aurais pu bifurquer et ne faire qu’un tour sur les deux, j’aurais pu abandonner pour filer aux toilettes me changer, mais c’est mal me connaître.

Je fais mon deuxième tour au mental, dans un état second, totalement déconnectée de mon corps. Je choisis de ne pas faire durer le plaisir, et donc de courir tout au long de cette seconde boucle. Les ravitos me permettent de me rafraîchir, boire et rincer le sang visible sur mes jambes. Je cours tout du long, à un rythme très lent certes, mais mentalement, je cours. Environ 500 m avant la ligne d’arrivée, mon mental reconnecte.

Je vois défiler toute mon année en accéléré. Les doutes, les réussites, les chagrins et les joies. Beaucoup d’émotions se bousculent et, évidemment, je pleure comme une madeleine. Je passe la ligne alors que le site de la course est vidé des athlètes du jour. 6 h 40 d’effort, une journée entière de pression qui conclu une année de préparation. 

Réfléchir à mon attitude

Sur cette course, j’ai beaucoup appris. En tête des apprentissages du jour, mon mental est solide comme tout. Je voulais terminer cette course et j’y suis parvenue, malgré tous les obstacles mis sur mon chemin. En second, j’ai bien appris sur mon physique. Je suis capable de faire un Half Ironman en moins de 7 h et ce n’est pas rien. Pour finir, j’ai appris que rien n’est joué d’avance et que la course s’écrit minute après minute. J’ai aussi appris à changer une roue en un temps record et j’espère ne plus jamais avoir à me servir de ce talent. 

C’était le Triathlon Sud Vendée 2023 et c’était top.